Bloc de béton presque entièrement enfoui dans une étendue de poussière calcaire ; seule sa crête émerge, soulignée d'un trait rouge brique, la masse enfouie se devinant par un relief alentour.

Ce que le plancher cache

Dossier Qui signe, répond — article 5 sur 10

Les conditions générales d’un grand bureau de contrôle français contiennent cette phrase : à défaut de précision dans le contrat, les honoraires ont été établis sur l’hypothèse du recours à des techniques non innovantes. Le surcoût de l’innovation n’est donc pas une rumeur de filière — il est écrit noir sur blanc dans un contrat type. Ce qu’il n’est pas, c’est chiffré.

Ce que le plancher excluait

Le premier article de ce dossier établissait un droit d’entrée de 9 500 € HT pour une ATEx de cas « b », soit environ 792 € par logement sur une opération de douze. Ce chiffre était explicitement présenté comme un plancher : nous avions posé à zéro trois postes faute de données publiques.

Cet article s’attaque à ces trois postes, plus deux que nous avions omis. Le résultat, annonçons-le d’emblée, est décevant et instructif : aucun des cinq n’est publiquement chiffrable, et l’un d’eux est structurellement occulté par la manière dont les contrats sont rédigés.

Poste 1 — Les honoraires de contrôle technique

Les honoraires du contrôleur technique sont fixés librement et calculés le plus souvent en pourcentage du montant des travaux, sur le décompte définitif de tous les corps d’état — à l’exclusion des espaces verts, du mobilier non incorporé et des honoraires d’ingénierie. Le solde est payable à l’achèvement ou à l’envoi du rapport final.

Deux ordres de grandeur circulent, et ils ne disent pas la même chose.

SourceRepère annoncéSur une opération de 1,5 M€
Anco0,3 % du montant des travaux en moyenne [MARCHÉ]≈ 4 500 € HT
Obat1 500 à 3 000 € HT par intervention [MARCHÉ]Sans objet — l’unité n’est pas la même

Nous ne tranchons pas. Les deux repères ne mesurent pas la même chose : l’un est un taux, l’autre un forfait d’intervention probablement calibré sur de petits chantiers. Leur coexistence dans la littérature accessible aux maîtres d’ouvrage est en soi un problème d’information.

Surtout, ces repères portent sur le régime ordinaire. Ils sont, par construction contractuelle, inapplicables à ce qui nous occupe.

Poste 2 — La clause d’hypothèse, ou le surcoût qui ne se voit pas

C’est la découverte de cet article, et elle vient d’un document que n’importe qui peut lire : les conditions générales d’intervention en contrôle technique de construction de Socotec.

Le texte précise que les honoraires et frais sont fixés au regard des informations fournies par le maître d’ouvrage sur l’importance, la destination et la nature des ouvrages ainsi que sur la durée des travaux — puis ajoute qu’à défaut de précision dans le contrat, les honoraires ont été établis sur l’hypothèse du recours à des techniques non innovantes. Le contrat prévoit par ailleurs une révision lorsque des modifications interviennent. [MESURÉ]

Trois conséquences pour un maître d’ouvrage.

  • Le devis initial ne couvre pas l’innovation. Si vous n’avez pas déclaré la technique, le prix affiché est celui d’une opération courante — et il sera révisé.
  • Le surcoût est réel et contractualisé, ce qui est une donnée dure : il ne relève pas du folklore professionnel.
  • Son montant n’est pas public. Aucune grille, aucun coefficient, aucun ordre de grandeur. Il se négocie au cas par cas, à un moment où le maître d’ouvrage a déjà engagé sa conception.

Nous avons cherché un barème, un abaque, une fourchette. Nous n’en avons trouvé aucun. C’est l’absence de donnée la plus lourde de tout ce dossier, parce qu’elle porte sur un poste que la filière sait chiffrer — les contrôleurs le chiffrent tous les jours — mais ne publie pas.

Poste 3 — Les essais

Le dossier de preuve d’une technique non normative repose sur des essais. Pour ViliaSprint², quatre murs prototypes de trois mètres de hauteur sur quatre de longueur ont été imprimés dans les locaux de Holcim en Suisse dès octobre 2023, puis soumis à des essais mécaniques, de résistance aux chocs, de résistance au feu et à des essais structurels. Des essais en laboratoire spécifiques ont porté sur le comportement au feu, les bétons imprimés n’étant pas armés. Les performances thermiques ont fait l’objet de vérifications au regard de la RE2020. [MESURÉ]

Voilà pour la nature des essais. Sur leur coût : rien. Ni le maître d’ouvrage, ni les industriels, ni le laboratoire ne publient de montant. Nous ne proposerons pas d’estimation, car nous n’avons aucune base pour en construire une qui ne soit pas fantaisiste.

Poste 4 — La note de calcul

Une technique dépourvue de DTU et de norme d’application ne dispose pas non plus de règles de dimensionnement établies. La note de calcul doit être construite spécifiquement, justifiée devant le contrôleur technique puis devant le comité d’experts, et défendue. Le sujet est suffisamment central pour occuper l’article suivant de ce dossier.

Sur le coût de cet effort, nous n’avons trouvé aucune donnée publique — ni honoraires d’ingénierie comparés entre technique courante et non courante, ni retour d’expérience chiffré.

Poste 5 — Le temps

C’est le poste le plus lourd et le moins visible, parce qu’il n’apparaît sur aucune facture.

Pour ViliaSprint², le dossier de preuve représente plus d’une année d’études et d’essais avant le passage en comité du 28 mai 2024, avec des prototypes dès octobre 2023. Pour Viliaprint, le maître d’ouvrage évoque quatre années d’expérimentation entre le lancement et l’inauguration de juin 2022. [MESURÉ]

Ce temps a un coût de portage : foncier immobilisé, frais financiers, équipe mobilisée, décalage des recettes locatives ou de commercialisation. Nous ne le chiffrons pas — cela dépendrait entièrement d’hypothèses de financement propres à chaque opérateur — mais nous le signalons comme probablement supérieur à tous les postes précédents réunis.

Le tableau que nous aurions voulu remplir

PosteExistence du surcoûtMontant public
Instruction ATExÉtablieOui — 3 700 à 15 000 € HT selon le cas et la source
Honoraires de contrôle technique, régime ordinaireÉtabliePartiel — repères contradictoires
Majoration pour technique innovanteÉtablie contractuellementNon
Essais et prototypesÉtablieNon
Note de calcul spécifiqueÉtablieNon
Portage du délaiÉtablieNon

Une seule ligne sur six est renseignée. C’est la conclusion de cet article, et elle n’est pas confortable : le plancher de 9 500 € publié dans notre premier article est très probablement une fraction du coût réel, et nous sommes incapables de dire laquelle.

Ce que cela impose de dire

Il faut en tirer la conséquence qui nous concerne directement.

CHANYA conçoit des ouvrages en impression 3D béton. Nous ne sommes aujourd’hui pas en mesure de communiquer à un maître d’ouvrage le coût complet d’entrée d’une opération en technique non courante. Nous pouvons documenter les postes, établir qu’ils existent, produire un plancher sur le seul poste public — et nous arrêter là. C’est une limite de notre offre, et il serait malhonnête de la présenter autrement.

La même exigence vaut pour la filière. Tout acteur qui annonce aujourd’hui un coût d’entrée complet en impression 3D béton est dans l’un de deux cas : soit il dispose d’un retour d’expérience propre qu’il ne publie pas — et son chiffre n’est pas vérifiable —, soit il l’estime. Un maître d’ouvrage est fondé à demander lequel des deux, et à exiger la méthode.

Cette opacité n’est d’ailleurs pas propre à l’impression 3D : elle frappe toute technique non normative, quelle qu’elle soit. C’est une caractéristique du régime, pas un défaut d’un procédé.

Les limites de cet article

Cet article documente des absences de données plus qu’il n’établit des montants. C’est son résultat, mais c’est aussi sa faiblesse : nous ne pouvons pas exclure que des grilles tarifaires existent dans des documents professionnels auxquels nous n’avons pas accès — conventions de branche, référentiels internes d’assureurs, bases de données de maîtrise d’ouvrage.

Nous n’avons interrogé aucun contrôleur technique, aucun laboratoire d’essais et aucun maître d’ouvrage. Une enquête directe donnerait des ordres de grandeur que la recherche documentaire ne produit pas. Nous ne l’avons pas menée et ne présentons pas ce travail comme s’y substituant.

La clause d’hypothèse que nous citons provient des conditions générales d’un seul opérateur, dans une version datée. Nous ne savons pas si des clauses équivalentes figurent chez tous les contrôleurs, ni si la révision de la norme NF P 03-100 de février 2026 en modifie la portée.

Les repères d’honoraires cités proviennent de sources commerciales secondaires, non d’organismes professionnels. Nous les donnons comme ordres de grandeur, pas comme références.

Enfin, les données ViliaSprint² et Viliaprint décrivent des opérations portées par un bailleur social adossé à un groupe national, avec des industriels de premier plan. Elles ne sont pas transposables à une opération de taille modeste.

Cet article ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil en assurance, ni une estimation de coût opposable.

Déclaration d’intérêts — CHANYA est un bureau d’études spécialisé notamment dans l’impression 3D béton robotisée et a donc un intérêt direct dans le sujet traité. Cet article établit une limite de sa propre capacité à chiffrer le coût d’entrée d’une opération en technique non courante ; cette limite est réelle et volontairement rendue publique. CHANYA n’entretient aucun lien capitalistique, contractuel ou financier avec Socotec, Holcim, PERI, Plurial Novilia, le CSTB ni aucun des organismes cités. Cet article n’a fait l’objet d’aucun financement, d’aucune commande et d’aucune relecture par un tiers intéressé. Il a été préparé avec l’assistance d’outils d’intelligence artificielle sous la supervision et la responsabilité éditoriale de son auteur, qui en signe le contenu.

Sources


La question ouverte : les contrôleurs techniques savent chiffrer la majoration appliquée aux techniques innovantes, puisqu’ils l’appliquent. Sa publication sous forme de fourchette anonymisée — par famille de technique, par ordre de grandeur d’opération — coûterait peu et lèverait l’obstacle le plus concret à la décision d’un maître d’ouvrage. Existe-t-il une raison, autre que commerciale, de ne pas le faire ? Nous accueillons toute contribution argumentée, qui sera intégrée et créditée.